RIP aux jeunes supporters mort pour leur passion .
Triste nouvelle pour les supporter de l'OM : un bus qui se dirigeait vers le Havre en vue du match de ce soir a eu un accident qui a malheureusement fait deux morts et 5 blessés graves et 15 légers sur les 47 personnes transportées. Il était 7h45.
Ce car du groupe des MTP se trouvait à 70 kilomètres au sud de Paris.
Selon José Anigo, le match de ce soir pourrait être annulé : «Nous sommes tous sous le choc. Si nous jouons, nous porterons un brassard noir sans demander une quelconque autorisation. La vraie question est de savoir si l'OM va jouer ce soir. Pape Diouf, le président olympien, va en discuter avec Frédéric Thiriez, le président de la LFP»
Les circonstances exactes de l'accident ne sont pas encore connues, mais le car est entré dans une pile de pont de l'A6 à proximité de Fontainebleau. L'autoroute a été coupé.
Les MTP, Marseille Trop Puissant, sont un des plus grands groupes de supporters. Créés en 1994, ils occupent une partie du virage nord.
Nous adressons toutes nos condoléances aux familles des supporters, Lahcene Lazeb et Imad-Eddine Boettgenbach manqueront aux MTP et à Marseille. Djamel Guedider, Mathieu Cuissard et Miloud Nasri sont pour leur part dans un état grave.
LE PILIER du pont en béton ne porte que quelques traces d'éraflures et le sol est jonché de débris de verre. Une centaine de mètres plus loin, le bus avec 47 personnes à bord est immobilisé sur la bande d'arrêt d'urgence, l'avant droit complètement enfoncé, le pare-brise et les vitres fracassés. L'accident a fait deux morts, âgés de 23 ans et 35 ans, et trente-deux blessés dont quatre graves pour lesquels le pronostic vital était « réservé » hier soir.
Multimédia
Video : Les images du drame
En savoir plus
Le chauffeur en garde à vue
Emotion au stade du Havre
Un blessé: « Il y a eu un choc énorme »
Les treize autres passagers, dont un enfant de 13 ans, sont indemnes. L'autocar emmenait des supporteurs du groupe Marseille Trop Puissant (MTP) au Havre, où les deux équipes se sont affrontées hier soir.
Alcoolémies négatives
Le choc, très violent, s'est produit vers 7 h 30 sur l'autoroute A 6 dans le sens province-Paris, à hauteur de la commune de Saint-Germain-sur-Ecole (Seine-et-Marne), quelques kilomètres après la barrière de péage. Pour une raison qui hier encore restait indéterminée le car a heurté le pilier d'un pont enjambant l'autoroute. Aucun autre véhicule n'est impliqué dans cette collision. Les secours sont intervenus très rapidement et le plan Rouge a été immédiatement déclenché. Une cinquantaine de pompiers, une trentaine de gendarmes et des médecins du Samu ont été dépêchés sur place. En arrivant sur les lieux, les secours ont constaté le décès d'une première victime, la seconde ayant succombé à ses blessures alors que les premiers soins lui étaient prodigués. La plupart des passagers ont pu descendre du car par eux-mêmes, mais pour dégager quatre d'entre eux, les pompiers ont dû découper les tôles et les sièges. Quatre blessés graves ont été héliportés vers des hôpitaux parisiens. Ceux qui étaient plus légèrement touchés ont été pris en charge sur place avant d'être conduits pour une partie d'entre eux à l'hôpital de Melun. « Nous avons reçu vingt-quatre personnes dont onze légèrement blessées, explique Gilles Cancé, médecin aux urgences de l'hôpital de Melun. Les blessés ont été réunis dans une salle spécifique avec une équipe dédiée. Tous les patients ont été pris en charge par une cellule d'urgence médico-psychologique. La plupart sont assez choqués, ils ne sont pas près de remonter dans un bus. Une victime restera hospitalisée ici, les autres pourront rentrer chez elles. » A cet effet, une délégation de quatre supporteurs a été envoyée de Marseille afin de s'occuper du rapatriement des victimes et de leurs bagages.
Une enquête a été ouverte par le parquet de Melun afin de déterminer les causes de l'accident. Selon les premiers éléments fournis par les enquêteurs, le car semblait en bon état. Les alcoolémies des deux chauffeurs se sont révélées négatives et l'accident ne serait pas dû à la fatigue. Les deux hommes avaient profité d'un arrêt quelques kilomètres avant l'accident pour se relayer. Blessés, ces derniers n'avaient pu être entendus hier après-midi, ils le seront aujourd'hui. « Les occupants du bus ont été auditionnés hier, a précisé le colonel Eric Le Callonec, du groupement de gendarmerie de Seine-et-Marne. Mais pour l'heure, ils sont très choqués. L'enquête judiciaire va prendre un certain temps. » L'hypothèse privilégiée est celle d'une faute d'inattention du chauffeur.
L'autoroute A 6 a été complètement coupée à la circulation dans le sens province-Paris pendant un peu plus de deux heures. Le trafic a été dévié via la sortie Milly-la-Forêt. A 10 heures, une des trois voies a été rouverte à la circulation, puis à 14 heures, la circulation a pu être complètement rétablie.
--------------------------------------------------------------------------------
"J'ai vu une rivière de sang"
À l'hôpital Marc-Jacquet de Melun, le médecin soigne une moitié des rescapés de l'accident. Des coupures plus ou moins importantes, des entorses, mais pas les blessés les plus graves. Dans cet établissement, où s'est installée la cellule de crise, les gendarmes de Nemours recueillent les derniers témoignages et écoutent les blessés.
Encore adolescents, trois Arlésiens ont besoin de raconter ; il y a Martin, Nabil, qui prend son ami Cédric par l'épaule et nous dit : "Il m'a sauvé la vie, monsieur ! Quand les vitres ont pété, il m'a protégé ! Je ne prendrai plus jamais le car, m'sieur !" "Bordeaux, on ira en train", ajoute Tahar, de la Fare-les-Oliviers.
Plus loin, Reda revient de loin. Il porte une minerve, son front est marqué d'une grosse tache brune. "Je dormais quand j'ai senti quelqu'un tomber sur moi et tout le monde crier : 'Il faut sortir, le bus va exploser !' J'ai découvert que j'étais presque seul, avec deux morts et mon frère, inconscient." Son frère, c'est Djamel, le leader des MTP, dont il ignore encore la gravité de l'état. "Je sais qu'il est mal, mais c'est un solide." Ici ou là, l'un de ces patients si peu ordinaires s'énerve, un autre s'impatiente.
Le personnel est attentionné, les stadiers de l'OM se multiplient, les gendarmes demandent les mineurs. Wissem se lève. Il a 17 ans, porte un maillot orange floqué au nom de Nasri. Il est encore sous le choc.
"Ça a duré 5 secondes, comme au ralenti. Il n'y avait pas de voiture autour de nous. J'ai entendu des cris, j'ai sauté par la fenêtre et puis j'ai vu l'horreur : un jeune quipendait dehors, par les pieds, avec une rivière de sang. C'était horrible, monsieur. Vous avez connu Furiani ? Alors vous me comprenez ? Lui, en face, il pissait le sang." En face, Tarik, jeune Marseillais, pas trop mal en point, malgré une balafre à l'arcade. "J'ai eu de la chance, j'étais assis à gauche. Devant, à droite, il n'y avait plus rien. Le car était comme une décapotable."
"Vous savez, reprend Wissem, avant, quand je voyais aux infos un accident, un drame avec deux morts, je me disais : bon, ça va, c'est pas beaucoup. Mais aujourd'hui, nous avons perdu deux amis, alors c'est deux de trop. Je pense aux victimes de l'accident d'avion à Madrid : 150, c'est terrible. Vous croyez que je pourrai oublier un jour ?" "Au fait, ils vont jouer ? Dites bien qu'on s'en fout du résultat aujourd'hui..."
"Des images terribles"
Passées près du bus des MTP juste après l'accident, les autres associations étaient sous le choc, hier, au Havre.
On n'entend que des murmures. Comme si personne n'osait prononcer un mot plus haut que l'autre de crainte de briser le silence. Un silence de recueillement. Les bus des autres associations de supporters ont rallié Le Havre depuis la mi-journée déjà. Au pied des véhicules, stationnés derrière une tribune du stade Deschaseaux, le traumatisme est palpable sur chaque visage.
Un match va se jouer dans quelques heures, mais ici, on est bien loin d'y songer. Toutes les pensées vont aux MTP. Tout le monde se sent concerné par ce drame. Beaucoup même sont passés sur les lieux de l'accident, quelques minutes après les faits. Partis de Marseille dans la nuit eux aussi, les bus des South Winners, des Ultras et des Fanatics avaient évidemment emprunté le même itinéraire.
"J'ai vu des images terribles ; je n'oublierai jamais, lâche Didier Mattera, responsable chez les Winners. L'accident venait tout juste d'arriver. On s'est arrêté afin d'apporter l'aide que l'on pouvait. C'était la panique. Il y avait des gens qui tremblaient d'effroi, des blessés allongés. Quand les premiers secours sont arrivés, on a repris la route. Dans le bus, on avait du mal à réaliser. Parmi les supporters, on se connaît tous. Du coup, on est tous touchés."
"On se dit que cela aurait pu nous arriver", relève Michel, des Ultras. "On aurait dû être tous là pour encourager notre équipe, mais au lieu d'une grande fête et d'une belle communion, on vit une tragédie", fait remarquer un autre supporter. "Pourquoi ? Mais pourquoi ?" Lionel ne parle pas. Non, il débite des mots, les yeux dans le vague. "J'étais proche d'une des victimes, confie ce membre des Winners, ancien abonné chez les MTP. Je suis effondré, mais je continuerai à suivre l'OM en déplacement pour entretenir la passion qui animait mon ami."
José Anigo :
«C'est une catastrophe pour les familles. C'est douloureux pour les clubs de supporters car venir dans un match de foot, c'est une fête, un plaisir et on ne s'attend jamais à perdre des proches. La journée a été particulièrement bizarre. Tout le monde est resté dans sa chambre... Ce sont des moments que l'on n'aime pas vivre.
Les joueurs connaissent certains membres des clubs de supporters, ils ne savaient pas si le match allait se jouer ou pas, ce n'était pas évident. On va essayer de faire un bon match en mémoire de ces jeunes qui ont perdu la vie en venant voir l'OM.
Quand j'ai eu Pape Diouf au téléphone ce matin, il était vraiment mal. Il a vu l'épouse de l'une des deux victimes et cela nous a fait très mal de voir cette jeune femme avec un enfant.
Que peut-on faire, que peut-on dire dans ces moments ? Je suis très triste pour les familles, les clubs de supporters et le club. Pour les supporters, aller à l'extérieur pour encourager l'OM, c'est une fête mais là, la fête est gâchée.
L'important est d'apporter un peu de chaleur humaine à tous ces gens qui ont été touchés dans leur chair. Le match devient anecdotique...
On a fait un t-shirt dans l'urgence pour l'échauffement, les joueurs portent un brassard noir et il y a eu un dépôt de gerbe. On est de tout c½ur avec les familles des personnes décédées, et des blessés».
Lorik Cana :
«C'est dur de se préparer dans ces circonstances. Les dirigeants nous en ont parlé dans la journée. L'OM, c'est un tout et quand quelqu'un est touché par un tel drame, on l'est tous. On va essayer de faire notre travail car de là ils sont désormais, ils auraient aimé que l'on joue et que l'on gagne. Les supporters marseillais sont extraordinaires et la meilleur manière de leur rendre hommage, c'est de gagner ce soir.
Tout le monde se joint à nous dans la douleur des familles, des amis de nos compagnons de route. Ce sont des moments difficiles».
Guy Cazadamont :
«C'est très dur... Il a fallu travailler pour préparer le match avec tout ce qui s'est passé en tête. Voir tous ces supporters très touchés, il n'y a pas de mot. Les dirigeants font tout le nécessaire pour le rapatriement à Marseille. C'est la première fois que cela nous arrive et le 23 août 2008 restera marqué à jamais».
Pape Diouf :
« Le dépôt de gerbe de ce soir était une très forte émotion car il s'agissait de rendre hommage aux supporters perdus. Ils étaient venus pour vivre la victoire. Nous tous, nous avons été étreints par cette émotion. Nous avons tous accusé le coup d'autant qu'avec les supporters depuis quelques années, nous avons établi des relations de confiance et de proximité. Si bien que l'on fini même par connaître et mettre un visage sur les noms. Alors quand certains disparaissent dans des circonstances aussi tragiques, cela nous touche tous très fortement. Ce qui est arrivé aujourd'hui ne concerne pas seulement les supporters, mais la famille olympienne ».
Soutien aux familles des victimes.